Eglises

L’église Saint-Jean Baptiste d’Arfons

Un petit établissement religieux vit sans doute le jour au début du IXème siècle : « l’empereur Charlemagne aurait doté l’abbaye d’Orfons  située dans la Montagne Noire, comme il dota de nombreux autres monastères. » Il fallut attendre les années 1150, pour voir les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem créer une sauveté au cœur de la combe d’Arfons. Fort touchée par les évènements survenus entre 1170 et le premier quart du XIIIème siècle, elle ne retrouvera totalité de son espace et la paix qu’en 1237, année ou les seigneurs voisins restituèrent à l’ordre les terres qu’ils avaient usurpées.

L’existence de l’église Saint-Jean Baptiste d’Arfons fut confirmée dans une charte importante réformant les coutumes seigneuriales du village datée de 1327. Les représentants des Hospitaliers, et les habitants d’Orfons, se constituèrent en l’église Saint-Jean d’Orfons confirmant ainsi son existence  au début du XIVème siècle. Mr Gironnet, architecte des bâtiments de France confirme cette date : «  l’église est bien du XIVème siècle, gothique Languedocien à une nef avec des chapelles latérales ayant conservé une architecture et ouvertures d’origine ». 

De nombreuses vicissitudes touchèrent ensuite notre malheureuse église : passage des troupes du Prince Noir (1355), guerres de religion (1562 – 1598) : Arfons est pris et repris par les Catholiques et les Huguenots, les forts d’Arfons sont bombardés par les régiments du Duc de Montmorency le 30 novembre 1587,  les protestants interviennent aussi le 19 octobre 1591 pour assiéger les brigands d’Arfons repliés dans le fort qui est pillé et incendié comme  sans doute le village et l’église « on a pillé tout cela et on a mis le feu partout ».

L’église priorale ancienne était sans doute détruite ou fortement endommagée à la fin  du XVIIème siècle Une date de reconstruction est gravée sur les murs de l’église actuelle : 1684. Mais aucun document ne donne d’informations sur cette date  

Les deux siècles suivants furent une longue succession d’avatars que nous relatent les archives : les problèmes se succèdent et la mauvaise santé de la construction persiste.

De nombreux travaux vont se succéder, grevant lourdement les finances communales. Début XIXème l’église elle-même est affectée de nombreuses gouttières, et il a fallu abandonner la sacristie rendue inhabitable à cause de l’humidité. Enfin les marguilliers sont sans ressources pour remédier à cet état de choses. Cet état de fait entraînera des modifications importantes qui ôteront à l’église presque tout caractère médiéval.

Au siècle dernier, de nouvelles réparations, souvent fort mal venues, la laisseront telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Statue de St Jean Baptiste et porche de l’église

Nef

L’Eglise des Escudiés :

Contrairement à ce qui a été longtemps pensé, elle ne date pas du Moyen-Age mais fut bâtie de toutes pièces au milieu du XIXème siècle. Le cadastre de 1834 confirme bien cet état de fait, aucune construction ne figure sur les lieux où se trouve l’Église actuelle, prouvant bien qu’au début du XIXème siècle encore rien n’avait été bâti. En effet elle a été érigée à partir de 1865, un procès-verbal d’adjudication pour la construire [1] retient Jean Albouy le 12 novembre 1865. Le procès-verbal de réception définitive des travaux est daté du 16 décembre 1867.

En 1883 le hameau comptait 235 habitants, tous pratiquants. La guerre de 14-18 provoqua l’effondrement de la population, en 1922 il ne restait que 180 habitants dont une centaine de pratiquants.

La paroisse des Escudiés fut rattachée à celle d’Arfons en 1926 après le décès de son dernier curé :  l’abbé Cathala qui officia de 1906 à 1925. 

Moins d’un siècle après sa construction, et moins d’une vingtaine d’années après le décès de son dernier curé, l’église était déjà fortement délabrée à tel point qu’un devis estimatif de travaux a été élaboré par l’architecte de Dourgne, Mr Molinier le 1er décembre 1945.

En prenant connaissance des divers postes de ce devis on comprend dans quel état catastrophique se trouvait l’église à la fin de la dernière guerre, une grande partie : toit et voûte était écroulés entraînant la ruine d’une grande partie du chœur.

Malheureusement aucune suite ne fut donnée à ce devis et le long processus se poursuivit :

le toit s’effondra entièrement ou presque,  les murs se recouvrirent de lierre et furent  envahis de ronces de petits arbustes et de broussailles…… pourtant les offices avaient toujours lieu en 1962. [2]

Une première tentative de restauration eut lieu à ce moment là, mais il fallut attendre le mois de novembre 1980 pour qu’enfin on repense à la sauvegarde définitive, plutôt à la reconstruction de notre petit monument.

Une délibération fut signée par le Maire Henri Ogé le 7 juillet 1981, elle valida l’attribution d’une subvention pour la réfection de la couverture de l’église conforme à la proposition de la préfecture entraînant la remise en état de l’église telle que pour notre bonheur, nous la retrouvons aujourd’hui dans toute sa simple beauté.

Les statuettes d’Arfons

La statue de Notre-Dame :

Il serait dommage d’oublier nos deux vieilles statues que nous nous devons de répertorier ici, et tout d’abord une statue de la Vierge portant l’Enfant placée dans un petit renfoncement ( Angle de la « maison Trilhe »)  protégée par une grille. La statue en place actuellement est une réplique de l’original conservée par les actuels propriétaires de la maison.

Cette statue révèle le style du XVème siècle et la tradition voudrait qu’elle provienne de l’ancienne église.

La Toustoune

Nous évoquerons aussi l’existence d’une statuette enchâssée dans le mur d’une maison située 14 Plo du Barbier c’est-à-dire sur la place principale du village d’Arfons.

Depuis toujours cette statuette est appelée « la Toustoune » sans doute parce que les habitants du village pensaient qu’il s’agissait d’une femme ou d’une poupée.

Hors, en regardant bien les photos de la statuette, on se rend vite compte qu’il s’agit plutôt d’un homme : largeur des épaules, pilosité importante sur le menton, symbolisée par d’épais traits verticaux.

Plusieurs éléments de réflexion peuvent être apportés :

  • Il s’agit bien de la représentation d’un homme, la pilosité évoquée ci-dessus le témoigne,
  • Lorsque l’on regarde en lumière rasante l’objet tenu par le personnage, on peut y voir la représentation d’un livre.
  • L’homme est représenté vêtu d’une toge, une charte de 1327[3] modifiant une charte de coutumes beaucoup plus ancienne nous dit que : la toge que nommait expressément l’ancienne charte, n’étant plus dans le costume des hommes, on lui substitue dans la nouvelle, le meilleur habit laissé par le défunt. Cette coutume qui prévoyait le don au commandeur de la meilleure dépouille des défunts. Le port de la toge existait donc avant les années 1300, et sans doute pour cela que le sculpteur local s’est inspiré du costume porté au moment de sa réalisation, qui plus est, nous allons le voir ci-dessous le port des toges entrait dans la représentation habituelle des saints personnages .

Serait-ce la représentation, non d’un quelconque personnage, mais plutôt celle de Saint Jean ? La réflexion est ouverte… !


[1]              ADT, 2° 16-2

[2]              Photos provenant d’une collection privée, merci aux propriétaires.

[3]              Voir texte complet de la charte de 1327 page 62.